14, le chapitre que j'ai relu en premier
Il y a un chapitre que j'ai relu avant même d'avoir fini le livre.
Une nuit dans le Sahara, un feu de camp, l'équipage au complet. Derek chambre la commandante jusqu'à ce qu'elle aille chercher son…
Il y a un chapitre que j'ai relu avant même d'avoir fini le livre.
Une nuit dans le Sahara, un feu de camp, l'équipage au complet. Derek chambre la commandante jusqu'à ce qu'elle aille chercher son oud, et là elle chante. En arabe. Une déclaration d'amour à la femme assise en face d'elle, pendant que les autres la lisent en direct, traduite, sur leurs datapads. Le texte de la chanson est là, en entier, dans le livre. Ô fille du roi. Personne ne bouge, et elle continue quand même.
Je ne m'attendais pas à trouver ça au milieu d'un roman de plongée abyssale. C'est ce passage qui m'a fait comprendre à quoi joue Mina N. Soumer : elle mélange ce qu'elle veut, et ça tient debout.
La preuve, quelques chapitres plus loin, elle tente encore plus culotté. Elle lâche sa narratrice et bascule le roman entier dans la tête de Nahla, l'IA du vaisseau. Elle l'écrit en logs machine. [PING : main_server_001] : aucun retour. Des commandes qui échouent, des hypothèses qui tiennent trois millisecondes, une conscience qui tâtonne dans le noir absolu et finit par capter un battement. Puis une odeur. Une odeur, dans un flux de données. Je me suis redressé dans mon lit.
Nahla, c'est le cœur du livre. Sur le papier, un assistant de mission de plus. Sauf qu'elle n'est pas sortie d'un labo militaire : elle a été bricolée au début du siècle par la grand-mère de la commandante, une ingénieure nord-africaine réfugiée au Canada, qui a rangé dedans ses souvenirs, ses prières et son rire avant de mourir. Il y a une scène où cette grand-mère demande à la machine de choisir son propre nom. La machine propose Nahla, « la première gorgée d'eau ». La vieille femme répond que dans son pays à elle, ça veut dire abeille. Affaire classée, elle s'appellera Nahla.
Autour, l'équipage tient debout tout seul. Derek le colosse, qui balance des blagues de plus en plus nerveuses pour ne pas montrer qu'il flippe. Kiyo qui s'excuse presque d'exister et qui repère l'anomalie que personne n'a vue. Mileva la biologiste, glaciale, qui a raison au pire moment. Ils descendent à dix mille mètres sous l'Atlantique chercher une cavité qui n'existe sur aucune carte, et l'autrice arrive à faire monter la tension avec un simple pourcentage d'oxygène qui grimpe lentement sur une visière. J'ai lu ce passage en apnée.
Un bémol, et il tombe tôt. Le roman s'ouvre sur une longue mise en place du monde, guerres, dates, noms de missiles, avant qu'on croise le premier visage. C'est solide et bien documenté, mais j'aurais préféré qu'on me lâche directement dans le hangar avec l'équipe, et qu'on me donne ce passé plus tard, en morceaux. Tenez bon jusqu'au premier dialogue, tout démarre là.
Ça se termine sur une cage blanche, une porte qui claque et une voix qui chuchote dans un micro.
Tome 1 lu. Hâte de lire la suite, je note la date de sortie du Tome 2.
#leschroniquesdetoto #lautoedition #bookstagram #livrestagram #avislecture