Des poèmes qu'on relit à voix haute
Bon, faut qu'on parle de ton masque, Soleil Noir.
Tu passes le recueil entier à te présenter. Le Soleil Noir, Prince des Ténèbres, dévoreur de mondes, âme immortelle dévastée qui a embrassé les aby…
Bon, faut qu'on parle de ton masque, Soleil Noir.
Tu passes le recueil entier à te présenter. Le Soleil Noir, Prince des Ténèbres, dévoreur de mondes, âme immortelle dévastée qui a embrassé les abysses depuis des lustres. Avant chaque section, une nouvelle tartine de prose en majesté pour m'expliquer ce que je vais lire et à quel point c'est sombre et grandiose. À la troisième, j'ai eu envie de te dire : lâche le micro. Tes textes n'ont pas besoin d'un monsieur loyal qui les annonce.
Parce que tes textes, eux, ils sont futés. Ça, je l'avais pas vu venir. Dans Museries tu planques des « Muse » partout, dans d'autres mots, dans d'autres sons, jusqu'au fou rire (une muse-eau, une Muse à règne). Jour de pluie et Perceptions, c'est carrément des rébus : je lis « Eau rage, ode des espoirs, l'écrit vainc donc l'an nuit », je prononce à voix haute, et une phrase cachée remonte à la surface. J'ai vérifié tout seul comme un idiot, trois fois de suite. Dans Métamorphose(s) tu te fais forgeron de ton nom, serrurier de tes projets, couturier de tes plaies, et d'un simple inventaire de métiers tu dresses le portrait d'un type entier. Et La poésie du Diable, six strophes de six vers de six pieds. 666. Le genre d'idée qu'on griffonne dans un coin en se disant qu'on osera jamais. Toi tu l'as fait.
Le plus fort, c'est que tu te vois venir. Quelque part au milieu, tu te rebaptises toi-même « le Prince du kitsch, le Roi de l'effroi ». Voilà. C'est toi qui l'as dit, pas moi. Ce clin d'œil rachète la moitié des poses qui m'agaçaient deux pages plus tôt.
Alors mon seul conseil, si t'en veux un : la prochaine fois, fais-nous confiance. Ouvre le rideau et tais-toi. On sait lire entre les lignes, tu passes ton temps à nous répéter qu'on en est capables.
Ah, et ton « À suivre… » de la fin, avec la veuve en robe d'opale qui réclame sa dernière danse. C'est kitsch à mort. Je kif et j'y retournerai quand même.