Photo de profil de Les Chroniques de Toto

Les Chroniques de Toto

⭐ Critique
1 654 points 11 badges 52 chroniques externes Membre depuis 2026

Badges obtenus

✒️ Plume d'or
✍️ Critique
🖊️ Plume d'argent
🗺️ Explorateur
⭐ Lecteur Avisé
💬 1er Avis
📚 Bibliothèque
🔍 Lecteur Curieux
🎵 Mélomane
🔖 1ère PAL
📖 Lecteur

Derniers avis

Couverture de « Le Prince Sombre »
Le Soleil Noir
★★★★☆

Le Petit Prince pour ceux qui ont grandi trop vite

Le reproche d'abord, ça m'évitera de le garder pour la fin.

Le Prince Sombre suit Le Petit Prince chapitre par chapitre. Le narrateur qui dessinait gamin, la rencontre à la tombée de la nuit, la fleur, puis les six planètes dans l'ordre d'origine. Sur ces six-là j'ai lu en attendant : j'ouvrais le chapitre en me demandant ce que l'auteur allait changer, je le refermais en cochant. Une seule m'a eu : le buveur est devenu un buveur repenti qui mange sans s'arrêter (« Je mange pour combler un manque. Et de quoi manques-tu ? J'ai oublié. »).

Bon. Maintenant ce qui rachète tout.

Le petit jeune homme qui débarque à la terrasse du bistrot ne demande pas un mouton. Il murmure : « S'il te plaît… dessinez-moi un serpent ! » Un serpent à qui poser une question, parce qu'il cherche quelqu'un. On devine vite qui. Ce prince-là vient d'une planète de déserts gris où il fait nuit tout le temps, et à la place du renard il tombe sur un loup qui refuse de se laisser apprivoiser.

Et il y a le chapitre VII. Le prince se fâche et sort qu'il existe trois types de personnes : celles comme lui, celles comme le narrateur, et « les personnes pour qui la nuit n'évoque encore rien d'autre que les couchers de soleil et le sommeil ». Les deux premières doivent protéger la troisième, parce qu'« on ne change de regard sur la nuit qu'une seule fois. Après, il est trop tard ». Les quarante-quatre couchers de soleil du petit prince, retournés en deux phrases. Relu le lendemain matin, à froid. Ça tient.

Les aquarelles sont de l'auteur, dont une double page de chauves-souris pour le départ de la planète. Cent vingt-six pages, une soirée, et une dédicace « à tous les Enfants Perdus devenus des adultes trop tôt » qui dit mieux que moi pour qui c'est écrit.

Et le serpent ? Il faut arriver page 103. Je dirai rien, sauf que ce que le prince en fait, je l'avais pas vu venir.

---

#leschroniquesdetoto #lautoedition #bookstagram #livrestagram #avislecture

Ce lecteur déclare avoir aussi publié sur Facebook ↗ Instagram ↗ TikTok ↗ YouTube ↗ En gris : déclaré par le lecteur, pas encore vérifié par l'auteur.
★★★★☆

Une héroïne qui voit ce que personne ne voit

Nathan, faut qu'on parle.

T'es un type brillant, personne dira le contraire. Tu vis au dernier étage d'un immeuble de Chartres, tu bois du Schweppes parce que l'alcool c'est pas ton truc, tu passes « One More Try » en boucle et tu viens de finir un programme capable de rallumer un cerveau éteint. Officiellement, pour soigner des patients. En vrai, t'as enterré trois femmes, tu t'es persuadé que tu portais la poisse, et tu cherches un corps où faire revenir la dernière. Ton meilleur ami te colle une gifle au milieu de ton propre labo. Il a raison, hein.

Et puis Léa ouvre les yeux. Prof, trente-quatre ans, dix-huit mois sans conscience, et le premier mot qu'elle prononce, c'est ton prénom. Qu'elle a jamais entendu. J'ai eu des frissons jusque dans la nuque.

Ce que t'avais pas prévu, c'est qu'elle allait te voler le livre. Elle déteste le café. « Je n'en ai jamais bu. Enfin... Je crois. » La phrase exacte de Vic, avec le même sourire gêné. À partir de là, j'ai lu chacune de ses répliques en me demandant à qui elle appartenait (elle aussi, d'ailleurs). Devant la cathédrale, c'est elle qui trouve l'image la plus juste du roman : deux flèches qui se ressemblent pas et qui appartiennent quand même au même édifice. Elle se demande laquelle des deux c'est elle.

Le titre sent la SF de laboratoire. Il y en a, mais Pierre Maneschi en fait surtout une cavale : Chartres, puis Bardonecchia sous la neige, puis une vieille ferme du Chianti où la pergola sent le jasmin, avec une société privée, AETHRA, qui voudrait bien récupérer son prototype. Et en route, Léa devient quelqu'un. Mes passages préférés, c'est quand elle voit ce que personne voit. Un monsieur trop courtois dans un café de montagne qui se trahit en parlant d'une route fermée tout l'hiver. Un guetteur sur une esplanade : « Il tient une cigarette... mais il ne fume pas. » Elle lit les gens comme toi tu lis du code, et le jour où elle se met à entendre les machines, j'ai laissé tomber mes projets de la soirée.

Dans la ferme, quand Giovanni et toi passez vos journées à l'examiner, elle finit par poser une règle : « Après dix-sept heures, je ne suis plus un cerveau. » Et quand on lui demande ce qu'elle devient, elle répond juste « Léa ». Rien que pour ça, je t'aurais presque tout pardonné.

Presque. Parce que ses parents, Nathan. Tu les as regardés signer l'arrêt des soins en pensant « Laissez-la partir. Et je tenterai de vous la rendre ». Et quand elle t'a demandé si quelqu'un l'attendait dehors, t'as dit non. Ça m'a glacé, j'attendais que ça te retombe dessus. Ça vient pas. Le roman file vers l'Italie et les laisse à Chartres, ces deux-là, et je les ai cherchés jusqu'à l'épilogue.

Ceux qui ont aimé Ex Machina en regrettant qu'il y fasse pas plus froid vont le finir en deux soirs, comme moi. Et toi, la prochaine fois, fais-lui un chocolat chaud.

---

#leschroniquesdetoto #lautoedition #bookstagram #livrestagram #avislecture

Couverture de « La Prophétie de Faith »
Valérie Boutonnet
★★★★☆

Un monde où l'on voudrait rester plus longtemps

C'est le dragon qui m'a eu. Ailes grandes ouvertes sur un ciel couleur braise, une fille de dos, les mains posées sur un rempart, un château noir planté au bout de son regard. J'ai pris le livre pour cette image-là et pour rien d'autre.

Et la créature qui m'a le plus remué, au bout du compte, n'a pas d'ailes. C'est un cheval. Un Cheval des Mers, un grand machin à écailles bleues long comme un bus, veuf, susceptible comme pas deux, qui parle une langue secrète calquée sur le gaélique écossais. Chez son peuple, ce sont les mâles qui portent les œufs, dans une poche sous le ventre. Dès le prologue, un vieux guerrier vient lui demander d'y cacher une bague qui ouvre les portes entre les mondes. Ce qui veut dire, tant qu'il la garde, plus jamais d'enfants. Biaru réfléchit, se vexe à mort quand son ami le compare aux dragons (« ces esclaves »), comprend qu'on le manipule, soupire que c'est vil, « et c'est terriblement efficace », puis accepte. Il repart dans les vagues en lançant : « Tu es le meilleur ami sur deux pattes que j'aie jamais eu ! Tu es d'ailleurs le seul ! » J'étais conquis avant même le chapitre 1.

Seize ans plus tard, on suit Aëlie, dix-sept ans, moitié Lias'y, coincée dans un pensionnat pour jeunes filles nobles pendant que son père, un archimage qui ne frappe jamais avant d'entrer, lui choisit un mari. Elle file le soir de la fête du printemps, déguisée en servante, parce que les gens bien nés ne regardent jamais les domestiques. Son rêve à elle tient en un mot : dragonnière. De l'autre côté des montagnes, Bëor, prince d'un peuple qui vit autour d'un chêne géant, fait passer des réfugiés en douce et se fait renier par son père en plein conseil. Deux pères de marbre qui se répondent d'un bout à l'autre du livre, et autour d'eux un Empire qui traque tous ceux qui ont un don. Dans un convoi, un petit garçon marche les yeux bandés : sa mère n'a trouvé que ça pour que sa magie ne le trahisse pas. Cette image-là, je l'ai gardée longtemps.

Valérie Boutonnet a une imagination qui déborde de partout. Des hommes-chats qui habitent dans les arbres, un bébé dragon à fourrure verte qui tombe d'une plateforme droit dans les bras de Bëor et fait baisser toutes les lances d'un coup, un gardien de la forêt qui ressemble à un paresseux géant couvert d'écailles, une éclosion d'œufs sous la montagne où une petite dragonne orange choisit sa cavalière. Ceux qui ont passé leur enfance à espérer qu'un œuf craque rien que pour eux vont se sentir chez eux. Et puis il y a cette héroïne qui, quand on lui prédit qu'elle va se perdre, répond : « je préfère tomber pour un rêve que survivre dans une cage faite de doutes. »

Une question pour l'autrice, quand même : pourquoi tant se presser sur la fin ? Le premier chapitre prend le temps de nommer les dix professeurs de l'école et de compter les vingt-quatre domestiques (j'ai failli caler là). Et au dernier, des révélations énormes tombent en deux répliques, l'affrontement qu'on attend depuis des pages se règle entre la dernière scène et l'épilogue, sans nous. J'étais prêt à rester deux cents pages de plus sur ce rivage. Le tome 2 a intérêt à me les rendre.

Reste Darian, apprenti dragonnier trop sérieux, qui au milieu d'un cours de vol se met à battre des bras en criant à son dragon, encore bien trop petit pour le porter : « Flap, flap ! Vire à gauche ! » Toute la classe explose, même le prof finit par sourire. Depuis, dès qu'un pigeon s'envole devant moi, je l'entends.

---

#leschroniquesdetoto #lautoedition #bookstagram #livrestagram #avislecture

Couverture de « Le loup bleu »
julien gruet
★★★★☆

« Bonjour, il y en a huit comme ça »

Je vais avoir du mal à ouvrir une canette de coca sans y penser, pendant un bon moment.

Pchhht. C'est le bruit qui ouvre Le Loup Bleu, un dimanche à onze heures, pendant que Julien fait revenir l'ail et l'oignon pour les lasagnes de sa compagne et de ses deux filles. Une 8.6 posée sur la table, toujours au même endroit, « ni vu ni connu ». Céline pince les lèvres. La cadette l'embrasse, recule un peu et lui glisse : « Tu sens bizarre. » À partir de là, ce Pchhht revient. Encore. Dans une cuisine de Lyon, dans une station-service un dimanche soir, dans une maison de campagne achetée pour y mettre des poules. À chaque fois, mes épaules sont tombées en même temps que les siennes.

Un mot sur la couverture. Le loup aux yeux bleus, la grande bâtisse dans la nuit, l'homme de dos : on s'attend à un thriller, peut-être à des crocs. Le loup est bien là. Il tient dans la main, il est en aluminium bleu et il fait cinquante centilitres. Julien Gruet raconte l'alcool de l'intérieur, son héros porte son prénom, et les remerciements de la dernière page confirment ce qu'on devinait depuis longtemps.

Ce que ce livre a de rare, c'est la logistique. Les bières rangées dans le bac à légumes. Le gardien d'immeuble qui attend que tous les colis soient récupérés avant d'ouvrir la première. Le frigo qu'on calcule le dimanche parce que le magasin ferme à vingt-deux heures. Et cette phrase à la caisse, une seule canette sur le tapis, les autres déjà dans le sac à dos : « Bonjour, il y en a huit comme ça. » Elle revient plusieurs fois et elle m'a glacé à chaque passage. Tous ceux qui ont vécu à côté de quelqu'un qui « gère » vont reconnaître ce frigo.

L'écriture respire comme lui. Deux mots, un blanc, deux mots. Ça ne raconte pas la dépendance, ça la fait subir. Et pourtant on rit (si si) : un coca commandé en terrasse, « au moins il y aura des bulles », un restaurant où Julien réclame l'addiction au lieu de l'addition. Autour de lui, une mère qui ne lâche jamais, un beau-père taiseux dont chaque phrase pèse une tonne, un voisin retraité qui l'emmène faire ses courses sans poser de question. Jusqu'au jour où.

Je vous fais un pari : la moitié d'entre vous va adorer Ada, l'autre moitié va froncer les sourcils. Moi j'étais dans la seconde. Dans un livre qui note les taux d'alcoolémie au centième près, débarque une femme en châle violet qui parle par énigmes et appelle Julien « jeune loup », et le récit glisse vers quelque chose de mystique. J'ai cherché la couture entre les médicaments et le merveilleux, je ne l'ai pas trouvée. D'autres y verront la plus belle idée du livre, et je les comprends à moitié.

En route, j'ai aussi compté les loups planqués dans les expressions : une faim de loup, à pas de loup, entre chien et loup, la gueule du loup… J'en suis à une dizaine. Il m'en manque sûrement.

★★★★☆

« Tu parles après, Suève. Toujours après »

Deux fois dans ce roman, un vieil aveugle prend la parole et la garde longtemps : le bien, le mal, la nécessité, ce qu'on fait aux enfants au nom de demain. C'est juste, et c'est bien écrit, mais le livre venait de me le faire sentir avec de la boue et du sang, et j'avais pas besoin qu'on me le redise. Ce sont les seules pages où j'ai regardé l'heure.

Voilà. C'est fait. Parce que tout le reste, je l'ai pris dans la figure.

Gaule, Ve siècle, autour d'Autun. Divona est fermière au bord de l'Arroux, veuve, deux gosses, un père boiteux. Le livre la décrit comme « ni un bon parti, ni particulièrement jolie », épaules larges, petite bouche serrée, le genre à injurier le cochon quand il ravage le potager. Une nuit, les Vandales traversent la rivière. Chapitre 4. Elle perd tout, et c'est cru, bien plus que ce que la couverture laisse deviner. Ce qu'elle fait ensuite, la quatrième le dit à mots couverts : les anciennes croyances n'ont pas disparu, et quelque chose en elle attend son heure. Je m'en tiendrai là aussi.

Et elle ne devient pas une guerrière. Pas d'épée sortie de nulle part. Divona gagne avec sa bouche. La grande scène du livre, pour moi, c'est un feu de camp dans des ruines où un jeune pillard se vante à voix haute devant une vingtaine d'hommes armés qui ont tous peur de lui. Elle sort de l'ombre et, au lieu de l'attaquer, elle parle. Elle lui dit : « Tu parles après, Suève. Toujours après. » Et le type se décompose. Une femme seule, sans arme, qui fait tomber un homme de son piédestal rien qu'en remettant les mots à leur place. J'ai relu la page.

Il y a aussi un poignard à la garde bizarre, deux petites pointes émoussées « comme deux épines ayant arrêté de croître ». Retenez-le, on le revoit. Et puis ces enfants. Une bande de gamins sales, silencieux, souriants, qui ne disent qu'un seul mot, un mot que les lecteurs de Lovecraft vont reconnaître au quart de seconde. Je n'en dis pas plus, sauf que l'auteur habite à quatre cents mètres de cette rivière et qu'il la connaît : on sent la menthe aquatique, la reine-des-prés, la terre humide dans les ongles. L'Arroux est un personnage, et pas le plus gentil.

Lu en deux soirs, vingt-neuf chapitres courts, le deuxième soir jusqu'à deux heures du matin à cause d'une grange. La grange, je la garde pour vous. Je préfère prévenir, par contre : c'est dur, des enfants sont en danger, et le livre ne vous tient pas la main. Ce n'est pas le roman historique où on apprend la vie des Gaulois en souriant. C'est un conte noir, de ceux qui restent dans la pièce une fois la lumière éteinte.

À un moment, un homme la hache levée lui demande ce qu'elle est. Elle répond : « Une mère. » Deux mots qu'on lit au milieu du livre et qu'on relit dans sa tête après la dernière page, parce qu'ils n'ont plus la même taille. Pour comprendre pourquoi, il faut descendre jusqu'à l'Arroux avec elle. Ça vaut largement les deux soirs, et je sais déjà que je vais en reparler à ceux qui aiment avoir un peu peur en lisant.

★★★★☆

Deux heures de train pour une seule question

« Comment ont-ils survécu à la vaisselle ? »

C'est un homme de cinquante ans qui se pose la question, dans un InterCity qui longe la côte ligure jusqu'à Pise. Deux heures de trajet, des écouteurs, la même chanson en boucle, et quelques rangées devant lui un couple aux cheveux blancs qui partage un biscuit. Elle le casse en deux et lui tend la moitié sans le regarder. Il la prend sans la regarder non plus.

Ce biscuit m'a suivi tout le livre. Et un peu après (le lendemain matin, j'ai cassé le mien en deux avant de me rendre compte que j'étais seul à table).

L'Étincelle n'a pas d'intrigue, pas de rencontre au bout du quai, pas de romance qui démarre à la gare d'arrivée. Si le titre vous promettait ça, oubliez. C'est un homme seul depuis trois ans qui repasse toutes ses histoires d'amour à la lumière d'une seule question : est-ce qu'il a su aimer, ou seulement être amoureux ? Et pendant qu'il cherche, le wagon vit sa vie. Une mère porte son petit endormi jusqu'à la porte sans le réveiller, le couple s'assoupit tête contre épaule. R. Marin ne commente presque jamais ses figurants. Il les pose à côté de son narrateur, et on comprend tout seul.

Ceux qui ont lu Malgré tout, j'ai traversé retrouveront la mamma et le garçon qui tenait un carnet de ses amours. Ici il répète « pas une collection ». Cette fois, je le crois sur parole.

Du chapitre 8 au 12, le livre patine. Le train, la mer et le vide reviennent si souvent que j'ai eu l'impression de repasser dans le même tunnel, et j'ai lu en diagonale, je l'avoue. Jusqu'à ce que le biscuit revienne me tirer par la manche.

Et puis il y a les phrases qu'on recopie. « Le feu ne dit pas si on saura vivre ensemble. Il dit seulement qu'il y a du feu. » Ou ce moment où il se demande combien de cafés il a laissé refroidir.

À quinze minutes de Pise, il a une idée sur la tour penchée que je garde pour vous. Elle vaut le billet.

Toto

#leschroniquesdetoto #lautoedition #bookstagram #livrestagram #avislecture

Genres préférés

Science-fiction Fantasy Romance Érotique Thriller / Polar Horreur Roman littéraire Aventure Spirituel Philosophie & spiritualité Développement personnel Comics Manga Poésie Formats courts

Sa P.A.L. 12 livres

Lu récemment 9 livres