Le premier contact n'a pas lieu au Nevada !
Monsieur Simonnet, on peut parler de vos cinquante dernières pages ?
Parce que pendant trois cent cinquante pages, vous m'aviez eu. J'ai ouvert votre bouquin en me disant « encore un vaisseau extra…
Monsieur Simonnet, on peut parler de vos cinquante dernières pages ?
Parce que pendant trois cent cinquante pages, vous m'aviez eu. J'ai ouvert votre bouquin en me disant « encore un vaisseau extraterrestre » et je l'ai fini en cherchant Raiatea sur une carte, ce qui est plutôt bon signe.
Votre idée tient en une phrase : le premier contact n'a pas lieu dans un labo du Nevada mais à soixante mètres de fond au large de Tahiti. Herenui Tokoragi, astrophysicienne polynésienne passée par le MIT, plonge avec Teiki sur une anomalie magnétique et pose la main sur une structure métallique qui n'a rien à faire là. Après ça tout dégringole : la base planquée dans une vallée, un Président qui joue serré avec Washington, et une technologie que les grandes puissances vont vouloir très très fort.
Et vous ne vous êtes pas contenté de coller du décor tropical sur une intrigue standard, c'est ça qui m'a scotché. Toute la mécanique du roman repose sur la navigation polynésienne. Le vaisseau que l'équipe construit a la forme d'une pirogue de voyage, avec une proue en tête de poisson. La solution scientifique qui débloque tout, c'est de travailler avec les propriétés de l'espace-temps plutôt que contre elles, exactement comme on lit un courant au lieu de ramer contre. Et quand l'ancien extraterrestre se présente, il donne le nom de Taaroa en expliquant tranquillement que c'est comme ça que les ancêtres l'appelaient, faute de mieux. Ce renversement-là, j'ai adoré. Le tahitien parsemé dans le texte, toujours traduit, n'a jamais l'air d'un élément de décoration non plus.
Deux moments m'ont cueilli pour de bon. L'orbite martienne, l'équipage de SpaceX qui voit débarquer de nulle part un vaisseau tahitien, et cette réplique : « disons simplement que nous avons emprunté un raccourci, Commandant Chen ». J'ai ri tout seul dans le métro. Et puis le militaire américain lancé à leurs trousses, dont on découvre au pire moment pourquoi il s'acharne comme ça : son fils est en train de mourir. Herenui choisit de sauver ses poursuivants. C'est là que votre roman devient adulte, et c'est très beau.
Alors pourquoi, après ça, cette visite guidée du monde nouveau ? New York, Genève, Shanghai, Nairobi, des guides qui expliquent l'économie post-rareté à des délégués qui posent pile les bonnes questions. Tout est intelligent là-dedans. Le problème c'est que rien n'est raconté. Même reproche pour la question que pose Teiki au milieu du livre. Si on a été génétiquement orientés, qu'est-ce qu'il reste de notre libre arbitre ? Elle est magnifique, cette question. Vous ne la reprenez jamais.
Ceci dit. Trouver enfin une SF de premier contact optimiste où l'humanité n'est pas représentée par le même pays que d'habitude, où c'est un archipel de 280 000 habitants qui décide comment le savoir sera partagé, ça fait un bien fou. Et votre livre se referme sur trois voix qui se répondent : l'océan profond est devant nous, en nous, entre nous. Après quatre cents pages, ça sonne juste.
Voilà. Je râle, mais je recommande ce premier roman et j'ai hâte de lire le tome 2.