Nous sommes tous des insulaires.
Bon. Avant de parler de celui-là, faut que je dise un truc sur le tome 1.
J'avais râlé. Pas méchamment, mais j'avais râlé. Un premier contact optimiste au large de Tahiti, un archipel de 280 000 ha…
Bon. Avant de parler de celui-là, faut que je dise un truc sur le tome 1.
J'avais râlé. Pas méchamment, mais j'avais râlé. Un premier contact optimiste au large de Tahiti, un archipel de 280 000 habitants qui décide tout seul comment le savoir se partage, et tout le monde qui se tient la main à la dernière page. Je trouvais ça beau et un peu confortable.
Le tome 2 m'a répondu. Pas gentiment.
Sur l'histoire je vais être avare, parce que ce bouquin se casse en deux si on en dit trop. La grande fête d'accueil galactique tourne mal, très vite, devant cinq milliards de spectateurs. Une porte se referme à quarante-deux années-lumière. Voilà, c'est tout ce que vous aurez de moi.
Ce dont je peux parler, c'est la trouvaille. Le truc d'en face se nourrit de ce qu'on lui envoie dessus. Vous lui tirez dessus, il grossit. Vous lui tirez dessus plus fort, il grossit plus fort. Vous voyez le problème. Moi j'ai mis deux chapitres à le comprendre, l'armée met le livre entier, et du coup on passe une bonne moitié du roman à regarder des types très sérieux, très entraînés, très équipés, faire le service du dîner. J'ai ri tout seul. Puis j'ai arrêté de rire.
Ce que j'aime dans cette série et qui tient encore ici : le Pacifique, c'est pas la déco. C'est la méthode. Quand ça tourne mal, personne ne sort l'arme secrète. Quelqu'un se souvient d'un courant, d'une passe, d'une façon de lire la houle. Un type coupe l'ordinateur de bord et pilote au ressenti parce que c'est comme ça qu'on franchit un récif, pas avec un écran. Et ça marche à chaque fois.
Le méchant, par contre, j'y ai pas cru. Dans le tome 1, le militaire qui leur courait après avait une raison, et elle m'avait retourné. Ici, le colonel est fou dès sa première scène. Il se compare à Christophe Colomb, il se prend pour un remède, il fait ce que font les fous dans les livres. Ça donne un moteur à l'histoire, pas un adversaire. Heureusement il y a un autre type du même camp, dont je me fichais royalement pendant deux cents pages, et qui finit par porter tout le poids humain du dernier tiers. Je dirai pas qui. Vous verrez bien.
Un avertissement, et c'est pas un reproche. Le tome 1 se lisait au soleil, celui-là beaucoup moins. La deuxième moitié bascule dans une horreur organique que j'avais pas vue venir, des couloirs qui respirent, des gens qu'on dévore et qui trouvent ça beau. Moi j'ai marché. Mais je connais deux ou trois personnes à qui je dirais un mot avant de le leur prêter.
Bon. Et le chapitre 10, que j'ai relu deux fois, et pas pour la raison que vous croyez.
Au sommet de la bagarre finale, l'héroïne canalise une énergie tellement violente que ses vêtements partent en poussière. Elle se retrouve là, sans rien, devant tout l'équipage, avec sur la peau tout ce que le voyage lui a fait : des traces noires d'un côté, de la lumière de l'autre. Son corps devient le champ de bataille, sous nos yeux. À la première lecture j'ai été gêné, je me suis dit que c'était pas le moment. À la deuxième j'ai compris que c'était pile le moment. Une respiration, la dernière, avant qu'elle ouvre la bouche. Elle a honte, on lui explique que la honte bloque tout, et elle relâche ses bras. Tout le livre bascule sur ce geste-là.
Je l'ai fini en quatre soirs, dont un où j'ai relevé la tête à deux heures du matin en sachant très bien que la journée d'après serait pénible.
Je retire rien de ce que j'avais dit sur le tome 1. Mais la prochaine fois, je vais réfléchir avant de râler.
Toto