Deux heures de train pour une seule question
« Comment ont-ils survécu à la vaisselle ? »
C'est un homme de cinquante ans qui se pose la question, dans un InterCity qui longe la côte ligure jusqu'à Pise. Deux heures de trajet, des écouteurs, …
« Comment ont-ils survécu à la vaisselle ? »
C'est un homme de cinquante ans qui se pose la question, dans un InterCity qui longe la côte ligure jusqu'à Pise. Deux heures de trajet, des écouteurs, la même chanson en boucle, et quelques rangées devant lui un couple aux cheveux blancs qui partage un biscuit. Elle le casse en deux et lui tend la moitié sans le regarder. Il la prend sans la regarder non plus.
Ce biscuit m'a suivi tout le livre. Et un peu après (le lendemain matin, j'ai cassé le mien en deux avant de me rendre compte que j'étais seul à table).
L'Étincelle n'a pas d'intrigue, pas de rencontre au bout du quai, pas de romance qui démarre à la gare d'arrivée. Si le titre vous promettait ça, oubliez. C'est un homme seul depuis trois ans qui repasse toutes ses histoires d'amour à la lumière d'une seule question : est-ce qu'il a su aimer, ou seulement être amoureux ? Et pendant qu'il cherche, le wagon vit sa vie. Une mère porte son petit endormi jusqu'à la porte sans le réveiller, le couple s'assoupit tête contre épaule. R. Marin ne commente presque jamais ses figurants. Il les pose à côté de son narrateur, et on comprend tout seul.
Ceux qui ont lu Malgré tout, j'ai traversé retrouveront la mamma et le garçon qui tenait un carnet de ses amours. Ici il répète « pas une collection ». Cette fois, je le crois sur parole.
Du chapitre 8 au 12, le livre patine. Le train, la mer et le vide reviennent si souvent que j'ai eu l'impression de repasser dans le même tunnel, et j'ai lu en diagonale, je l'avoue. Jusqu'à ce que le biscuit revienne me tirer par la manche.
Et puis il y a les phrases qu'on recopie. « Le feu ne dit pas si on saura vivre ensemble. Il dit seulement qu'il y a du feu. » Ou ce moment où il se demande combien de cafés il a laissé refroidir.
À quinze minutes de Pise, il a une idée sur la tour penchée que je garde pour vous. Elle vaut le billet.
Toto
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